Actions d’éducations pour la santé

Au même titre que l’éducation, le logement et l’emploi, la santé est un facteur essentiel à l’intégration des individus. Aux côtés des nombreux déterminants culturels, sociaux et économiques qui agissent sur la santé, s’ajoutent pour les personnes migrantes, une perte de repères et des traumatismes liés à l’exil. Migrations Santé Alsace propose des animations en éducation tenant compte de ces problématiques spécifiques.

La démarche de Migrations Santé Alsace en éducation pour la santé

Objectif général

Les actions en éducation pour la santé que mène l’association poursuivent l’objectif suivant :

Permettre aux personnes migrantes de mieux maîtriser leur santé et les facteurs qui la déterminent par l’acquisition de compétences individuelles et la sensibilisation des partenaires associatifs aux enjeux de promotion de la santé

En effet, l’association vise à renforcer les compétences et à optimiser les conditions de décision des individus. Sans l’information, sans la connaissance, les choix des personnes ne peuvent pas être libres et éclairés. Migrations Santé Alsace reconnaît dans l’éducation pour la santé un outil essentiel pour la réduction des inégalités de santé afin d’offrir, à tous les individus, les ressources nécessaires au développement de leur « potentiel de santé », d’améliorer leur bien-être et leur qualité de vie.

Une démarche de promotion de la santé

ottawa-charter_fLes actions de Migrations Santé Alsace s’inscrivent dans une démarche de promotion de la santé telle que définie par la Charte d’Ottawa (1986).

Trois éléments principaux en découlent :

  • un principe éthique : toute personne est actrice de sa santé ;
  • une définition de la santé : la santé est une ressource positive de la vie quotidienne; elle est le résultat de déterminants complexes (sociaux, culturels, économiques, environnementaux, etc.) ;
  • des stratégies d’intervention dont l’acquisition de compétences individuelles mais aussi le renforcement de l’action communautaire et la création de milieux favorables.

Aussi, Migrations Santé Alsace propose des actions en partant des besoins et demandes des publics, au plus proche de leur lieu de vie. Parallèlement au face à face pédagogique, l’association réalise un travail de sensibilisation des acteurs et actrices associatifs à la question de la santé des personnes migrantes et de leur accompagnement. Elle vise à prendre en compte les spécificités des publics en évitant les écueils du culturalisme  ou de l’ethnocentrisme.

Comme le souligne P. Lecorps :

« l’éducation pour la santé souhaite privilégier l’homme dans ses trois dimensions : sujet individuel et contradictoire, sujet inséré dans une culture qui le modèle et le contraint, sujet politique, collectivement responsable et dépossédé des choix de société. C’est dans le mouvement d’une histoire personnelle affective de longue date que l’on peut entrevoir quelques pistes pour accompagner un changement« .

Un déterminant de santé majeur : la langue d’origine

Les actions de promotion et de prévention santé de Migrations Santé Alsace sont proposées en langue d’origine ; placer les représentations des personnes au cœur de la démarche d’éducation pour la santé suppose la reconnaissance du rapport spécifique de la langue au corps.

L’expérience d’actions de prévention de l’association confirme combien les personnes migrantes peuvent rester exclues des campagnes nationales de prévention pour des questions linguistiques (compréhension limitées – parcellaires de la langue française) et aussi du fait de l’inadaptation des messages à leurs systèmes de croyances et de références. Les migrants ont des connaissances des différentes problématiques de santé qui ne trouvent pas toujours écho dans la société d’accueil et les maintiennent souvent dans l’éloignement des dispositifs de soin et de santé français.

Evoquer des sujets sensibles en français n’est pas chose aisée pour tout le monde. La parole énoncée sur le corps et la maladie dévoile une part de l’intime. L’expression de cette intériorité est particulièrement difficile lorsque la maîtrise de la langue parlée reste approximative : les mots étrangers n’investissent pas le sens comme ceux de la langue maternelle et le corpus limité du vocabulaire appauvrit bien évidemment les nuances des propos, rendant très ardus l’identification des cadres de référence, l’exploration des représentations, le repérage des résistances…

Au-delà de l’attention portée aux personnes, du respect qui est ainsi signifié et de la place qui est faite à la mise en confiance, offrir aux personnes la possibilité de s’exprimer dans leur langue est un levier complémentaire vers les services de droit commun : l’accès à une information pleine, la compréhension des enjeux de santé et du fonctionnement des dispositifs ouvrent la voie à l’intégration.

Les modalités de mise en œuvre

Un cadre partenarial

Dans un souci de proximité, Migrations Santé Alsace réalise toujours ses actions en partenariat avec des structures accueillant directement les personnes migrantes : associations référées à l’immigration, associations de quartier, etc.

En amont des animations, Migrations Santé Alsace et la ou les structure(s) partenaire(s) réalise ensemble un travail de préparation pour identifier le contexte d’intervention, mieux connaître le public et déterminer les modalités d’action et de mobilisation. Ce travail permet également de mieux rendre visible la place de la préoccupation pour la santé dans les structures partenaires et de comprendre les logiques territoriales en matière de santé. Les échanges sont aussi l’occasion d’aborder les thématiques plus larges liées aux difficultés d’accès aux droits, aux soins et à la prévention pour les personnes migrantes.

Des interventions et des thématiques variées

Les animations collectives

Migrations Santé Alsace intervient auprès de groupes constitués de 8 à 15 personnes pour proposer des animations collectives. Ces temps permettent d’explorer les les représentations, d’apporter des connaissances, d’orienter, si nécessaire, vers des professionnels et / ou services compétents, et d’animer des débats sur la santé et la prévention.

Les thématiques sont choisies par les publics et les structures en fonction des demandes et attentes. Elles sont variées :

  • prévention et dépistage des cancers, comprenant un volet sur la nutrition et l’équilibre alimentaire,
  • sexualité, contraception, prévention des risques (VIH/Sida, IST, Hépatites…), droits des femmes,
  • prévention et dépistage du diabète,
  • prévention des accidents domestiques et gestes de premiers secours,
  • accès aux droits, connaissance du système de santé et dispositifs existants (CMU, CMU-C, AME, bilan de santé…).
  • etc.

Cette liste n’est pas exhaustive, d’autres thématiques pouvant émerger du recueil des besoins et demandes. En fonction des thèmes, Migrations Santé Alsace peut être amener à faire appel aux compétences de structures spécialisées (centre européen d’étude du diabète, caisse primaire d’assurance maladie, etc.).

Au-delà de leur importance intrinsèque, les thèmes constituent une « porte d’entrée » pour aborder la santé de façon globale avec les personnes migrantes. Cela leur permet de s’interroger sur l’intime, le rapport au corps, à la prévention, à la maladie et au système de santé.

Des guides et brochures en langue d’origine ont été conçus à partir de ce travail de terrain. Vous pouvez les télécharger en cliquant ici.

Les animations de recueil des besoins

Plusieurs structures partenaires faisant remonter l’impossibilité de réaliser un recueil de besoins de santé auprès de leurs publics du fait de difficultés méthodologiques et de la barrière de la langue, Migrations Santé Alsace propose des séances spécifiques de recueil pour identifier les besoins, les attentes, les thématiques à travailler d’un groupe de personnes. Celles-ci permettent de construire collectivement un calendrier d’animations en éducation pour la santé tout en s’assurant de la pertinence pour le public. Ces séances peuvent également permettre, pour les structures, d’identifier des freins méconnus à l’accès à la santé des personnes migrantes et des perspectives d’action plus larges.

Les besoins recueillis peuvent ouvrir sur une variété de thématiques : santé des femmes, santé des enfants ou des adolescents; équilibre alimentaire; méfaits du tabac; souffrance psychique, santé environnementale, cancers; connaissance du système de santé…

Les animations de type « aller vers »

Les animations de type « aller vers » ont lieu dans des endroits atypiques (sur la place publique, en salle d’attente de consultation…). Elles constituent une première prise de contact auprès de publics qui ne fréquentent pas ou peu les associations et structures d’accueil. Contrairement aux animations collectives en face à face, le temps consacré à chaque personne est individualisé mais aussi plus court. Il permet d’initier la réflexion, de donner une première information et d’orienter les personnes si des besoins apparaissent.

Ces animations peuvent être généralistes et partir d’une vision très globale de la santé ou centrées sur une thématique (diabète, nutrition…).

Exemple d’animation « porteur de parole » sur un marché de Strasbourg – sur l’accès et le renoncement aux soins – juin 2015

Les animatrices en éducation pour la santé

Les animatrices en éducation pour la santé ont une formation et un accompagnement spécifique  pour assurer une démarche dans le respect des valeurs de la promotion de la santé. Leur formation se décline en deux volets :

  • une formation « scientifique » sur le contenu (nutrition/équilibre alimentaire, cancers féminins, sexualité, maternité, contraception, prises de risques, droits des femmes) assurée par des experts (médecins, associations spécialisées …) ;
  • une formation sur la fonction d’animation en éducation pour la santé (la place, fonction, rôle, connaissances théoriques sur la promotion de la santé et l’éducation pour la santé, appropriation d’outils pédagogiques, évaluation…) assurée en interne ou en collaboration avec des organismes de formation.

Professionnelles formées et compétentes dans l’animation de groupes, elles n’appartiennent pas au corps médical. Ce statut à part leur permet de favoriser la liberté de parole et le questionnement des personnes participantes.

Les animatrices de formation sont bilingues. Elles se positionnent dans une médiation culturelle : au-delà de la connaissance et compréhension des représentations culturelles des personnes auprès et avec qui elles interviennent, les animatrices ont le recul nécessaire et une capacité d’écoute qui leur permettent d’interroger les représentations liées à la santé, à la prévention, au dépistage, aux maladies, au corps…

Contact

Emilie JUNG, Directrice adjointe